Enfants et écrans: Quels usages à quels âges ?

Enfants et écrans: Quels usages à quels âges ?

Ajouté le : 24 Janvier 2017

LETTRE D’INFORMATION AUX PARENTS


Tablettes tactiles, ordinateurs, télévisions, smartphones, consoles de jeux, internet, etc. Les écrans et le numérique sont désormais partout présents autour de nous ; ils font partie de notre quotidien. Ils modifient depuis des années déjà notre rapport à nous même, aux autres, au monde, à l’information, aux images. Ils bouleversent la façon de grandir, d’apprendre et notre rapport aux savoirs. Ce sont des outils formidables et enrichissants mais qui peuvent présenter plusieurs désavantages pour le développement des enfants et leur santé s’ils sont consommés et utilisés massivement ou de façon inappropriée. 

En tant que parents, enseignants, professionnels de l’enfance, membres de la communauté éducative, nous devons être critiques et connaître leurs avantages et inconvénients pour préserver le bien-être des enfants. Il ne s’agit ni de diviniser ni de diaboliser les écrans et les nouvelles technologies. Mais plutôt d’accompagner les enfants dans leur rapport avec les écrans, les introduire au bon moment en distinguant les caractéristiques et besoins développementaux différents à chaque âge (petit-enfant – enfant – adolescent) et en encadrer l’usage.

CARACTÉRISTIQUES ET BESOINS DÉVELOPPEMENTAUX EN FONCTION DE L’ÂGE

Avant 3 ans

 

Les bébés et les très jeunes enfants développent une connaissance du monde qui les entoure en développant en premier lieu leur intelligence sensorielle et motrice. C’est grâce à leurs 5 sens – la vue, l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat -, leurs capacités motrices et leurs capacités d’imitation qu’ils se familiarisent et interagissent avec leur environnement. Une relation sécure avec les parents et des expériences partagées de jeux permettront aux très jeunes enfants d’accéder à une infinité d’expériences sensorielles et motrices et de construire

des repères spatiaux et temporels. Les interactions qu’ils développent avec leurs parents, dans la rencontre avec une personne ou avec un jouet qu’ils manipulent leurs permettent d’expérimenter encore plus chaque jour, d’apprendre et de se construire.

Même si le bébé ne produit pas encore de langage parlé, il active très tôt les aires cérébrales liées au langage au cours des interactions avec son entourage et des retours qui lui sont adressés. Une exposition aux écrans à cet âge et en particulier à la télévision (même si les programmes sont dits « adaptés ») s’avère néfaste pour le développement du langage et pour son développement tout court. En effet, ce que propose l’écran de télévision s’avère inadapté aux besoins de l’enfant puisqu’il ne propose aucune interactivité. L’enfant consomme passivement des images qui défilent rapidement et qui sont hyper stimulantes visuellement et auditivement alors même qu’il n’est pas encore en capacité de les supporter ni de comprendre les enchaînements narratifs. Les enfants sont sur-stimulés par le rythme rapide et le flot d’images, inhabituels dans la vie réelle. Cela les éloigne des activités motrices et manipulatoires essentielles à leur développement, provoque très vite de la fatigabilité et de l’excitation. Cette sur-stimulation provoque très souvent une diminution des ressources attentionnelles, en particulier de l’attention sélective nécessaire aux apprentissages futurs.

Les études scientifiques s’accordent à dire que l’exposition aux écrans à cet âge n’est pas bénéfique pour les enfants et qu’elle peut entraîner des retards ou troubles développementaux dans plusieurs domaines : langage, attention, concentration, sommeil, créativité, et une dépendance future. Les jeux (fonctionnels, constructifs) et les interactions avec leur environnement humain et social sont les seules interactions bénéfiques à des enfants avant 3 ans.


À propos des chaînes de télévision dites « éducatives »

Des recherches scientifiques se sont penchées sur l’analyse de programmes « éducatifs » (type Baby TV, Baby Einstein, Baby First, Baby Brain, etc.) et en ont tiré les conclusions suivantes :

  • Pas de bénéfice sur le développement psychomoteur et affectif de l’enfant.
  • Pas de bénéfice sur le développement du langage.
  • Appauvrissement du lexique.

D’autres études ont montré que même si des enfants de cet âge sont en train de jouer, la présence en arrière fond de la télévision a une incidence : jeux plus courts, changement de jouets plus fréquent et scénarios de jeux moins riches.

La télévision reste un espace commercial et publicitaire répondant à la pression de lobby ayant des intérêts plus économiques qu’éducatifs.

De 3 à 6 ans

 

C’est à cet âge que les enfants vont effectuer leur première rentrée scolaire et découvrir l’école. La maturation du cerveau continue ; les aires sensorielles et motrices continuent de se développer elles aussi. Les capacités langagières évoluent : augmentation du vocabulaire, des capacités phonologiques qui préparent à la lecture et progrès en syntaxe notamment. Le développement du langage va permettre aux enfants de renforcer leurs habiletés sociales mais va aussi contribuer à améliorer la conscience et la compréhension de leurs désirs, pensées et émotions qu’ils parviendront à mieux maîtriser. En plus des habiletés émotionnelles et langagières, se développent une série d’habiletés cognitives notamment grâce aux jeux de faire semblant. Ils deviennent aussi plus efficaces pour traiter les nouvelles informations, pour se repérer dans le temps et dans l’espace et pour comprendre les relations causales. Ils sont de moins en moins centrés sur eux même et parviennent à mieux comprendre les intentions et émotions des autres. Leur personnalité et la conscience qu’ils ont d’eux même évolue. Petit à petit ils seront en mesure d’entreprendre des jeux plus formels avec des règles communes au groupe à comprendre et à suivre, des stratégies à mettre en place, etc.

Entre 3 et 6 ans, les écrans interactifs comme les tablettes tactiles (ex : faire un dessin) peuvent commencer à être introduits mais de façon limitée, encadrée et accompagnée par un adulte (cf : recommandations). On peut inviter l’enfant à sélectionner ce qu’il veut faire ou regarder en respectant la signalétique des âges pour chaque programme. Il convient également de le pousser à s’exprimer sur ce qu’il voit et à créer des interactions autour de ce qu’il a vu.

Au sein de l’École Internationale de Carthage, l’école maternelle dispose d’un Tableau Blanc Interactif (TBI) à la bibliothèque et de 7 tablettes tactiles. Les tablettes sont utilisées dans un cadre pédagogique lors des ateliers d’aide personnalisée (1h par semaine), qui regroupent des élèves d’une même classe en difficulté sur une notion scolaire. Plusieurs compétences peuvent être travaillées comme par exemple le graphisme, la reconnaissance des lettres ou bien encore celle des chiffres.

 

De 6 à 12 ans

         Entre 6 et 12 ans, le cerveau continue sa maturation, les compétences motrices s'améliorent encore (gestes plus précis, meilleure coordination et flexibilité dans les mouvements) et le langage évolue considérablement. Les enfants forment des phrases complexes, ont acquis un haut niveau de vocabulaire, des habiletés de conversation et de narration plus développées, lisent couramment et ont acquis l'écriture. Ils sont capables de résoudre des problèmes mathématiques simples puis de plus en plus complexes. Leur capacité à soutenir leur attention, à traiter et retenir l'information et à planifier et contrôler leurs comportements s'est accentuée. Les enfants de cet âge sont beaucoup moins égocentriques

dans leurs relations avec les autres, c'est à dire qu'ils parviennent mieux à prendre en compte et à gérer le fait que les autres peuvent avoir des besoins et points de vue différents. C'est aussi l'âge où l'on commence à se comparer à ses pairs et où l'estime de soi est encore fragile (sentiment de dévalorisation s'ils se sentent moins compétents à une tâche que d'autre enfants par exemple). Ils deviennent de plus en plus matures et responsables et anticipent mieux.

Tout comme à la tranche d'âge précédente, il convient d'encadrer l'usage des écrans et d'éduquer à une pratique modérée et encadrée (cf : recommandations). Une pratique excessive entraînera des conséquences délétères sur les apprentissages scolaires et sur la santé des enfants : manque d’attention et de concentration, troubles du sommeil, manque d'activités physiques, manque d'activités sociales réelles, risque de troubles de la vision. De plus, les scènes de violences, répandues sur les écrans, ont des influences négatives prouvées sur les comportements des enfants. Elles favorisent l'adoption ou au contraire l'inhibition de conduites agressives et réduisent l'adoption de conduites de coopération et d'entraide. Il est donc souhaitable de respecter la norme des âges indiquée pour chaque programme/film/jeu, etc. Par ailleurs, les enfants ont parfois des difficultés à décoder la masse d'images à laquelle ils sont confrontés et peuvent voir des images ou contenus traumatisants. Instaurer un dialogue parent/enfant sur ce qui a été vu et ressenti semble indispensable pour permettre aux enfants de mettre des mots et donner du sens aux images.

            À partir de 9 ans, internet peut être utilisé sous contrôle parental. Sensibiliser les enfants aux règles et lois d'internet est essentiel pour les protéger de certaines dérives (distinction espace public/privée, divulgation de données personnelles, etc.). On préférera les jeux vidéos qui se jouent à plusieurs en respectant la norme des âges.

Au sein de l’École Internationale de Carthage, il existe 3 classes TICE (une classe de CE2, une classe de CM1 et une classe de CM2) depuis 2013. Les classes TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) sont des classes ou les outils numériques type tablettes tactiles sont utilisés comme support à l’enseignement et aux apprentissages.

À l’ISC, les 3 classes disposent d’une tablette tactile pour chaque élève et d’un écran tactile par classe. L’écran tactile qui sert de tableau interactif permet par exemple l’exploitation de données numériques. Les tablettes tactiles sont utilisées tous les jours pendant environ 30 minutes, maximum 1 heure. Elles sont utilisées par les élèves comme outils pour travailler les mathématiques, les sciences, l’histoire, les différents aspects de la langue et aussi pour créer des projets artistiques (photos, vidéos, etc.). Le professeur choisit au préalable quelle ressource numérique pourrait servir de support pédagogique à la notion qu’il est en train d’aborder en classe. Chaque élève peut ensuite travailler en autonomie sur le support proposé et s’entraîner à son rythme en passant par les différents niveaux jusqu’à obtention du niveau maximum pour les exercices. Il peut aussi utiliser le support pour faire des visites virtuelles de lieux étudiés en classe ou bien aborder des sujets de façon interactive. Les tablettes sont également utilisées pour travailler sur différents fichiers : « pdf » pour la lecture ou encore fichiers « .doc » pour le traitement de texte. La classe dispose d’un espace « médiathèque » sur leur environnement numérique de travail qui permet aux élèves d’accéder, de chez eux, à des animations pédagogiques (Flash Player), des vidéos (reportages, capsules, …), des livres de lecture, des livres d’exercices ou bien encore à leur cahier de leçons.

Si l’usage du numérique est quotidien en classe, il est cependant maîtrisé, accompagné et régulé par l’enseignant qui, parallèlement, accorde une grande importance au format papier, à l’écriture, au geste graphique, etc. Le numérique est utilisé en alternance avec le format papier. Cela rend les apprentissages plus ludiques et influe positivement sur la motivation des élèves.

Après 12 ans

 

Chez le pré-adolescent et l'adolescent, la maturation du cerveau n'est pas encore terminée. Cette période peut être source de fragilité émotionnelle compte-tenu des changements physiques et cérébraux qui ont lieux.

À cet âge, l'attraction en particulier pour les réseaux sociaux est forte et les différents écrans font souvent partie de leur quotidien. Comme aux âges précédents, il convient de limiter et d'encadrer l'usage des différents écrans et de respecter la signalétique des âges. Les parents peuvent s’intéresser à ce que leurs enfants voient, à quoi ils jouent et échanger avec eux. La difficulté principale à cet âge est celui d'un usage excessif qui peut entraîner des effets sur la santé et la scolarité comme vu précédemment (troubles de la concentration et de l'attention, troubles du sommeil, chute des performances scolaires, risque de surpoids, risque de tabagisme, diminution de l'activité physique, troubles du comportement). Les écrans peuvent aussi être source de repli, d'appauvrissement social et signes de troubles sous-jacents (problèmes relationnels ou familiaux, déficit d'estime de soi, dépression, etc.).


En tant que parents, vous tenez un rôle fondamental dans l’éducation aux écrans de vos enfants et dans leur encadrement. Il convient de limiter le temps passé devant les écrans à tout âge en fonction du développement de l’enfant et de l’amener à s’exprimer sur les images auxquelles il est confronté. L’interaction et les discussions entre vous et votre enfant l’aideront à mieux percevoir les différents médias qui l’entourent, à décrypter leurs images et à les analyser de façon critique. Ces échanges sont également importants pour sensibiliser votre enfant aux dangers que peut engendrer une utilisation abusive des écrans sur sa santé et sa scolarité et sur les précautions à prendre en matière de protection de la vie privée.

L’objectif étant bien évidemment de préserver le bien-être de chaque enfant mais également de  l’amener à adopter une pratique raisonnée et autorégulée des écrans.

JE SUIS PARENT, COMMENT INTÉGRER AU MIEUX LES ÉCRANS À LA MAISON ?

• Établir des règles claires à l’égard de la gestion des écrans (TV, téléphone, internet, tablette, jeux vidéos, etc.) à la maison avec l’enfant, selon son âge et ses besoins.

• Instaurer des habitudes et des règles d’utilisation cohérentes concernant le temps d’utilisation et les activités autorisées/interdites/tolérées. Faire participer activement l’enfant ou l’adolescent à leur établissement.

• Essayer d’être le plus cohérent possible sur les règles d’utilisation des écrans. Ne pas changer d’avis sans raison. S’il existe des différences en fonction de l’âge, les expliquer.

• Fixer des règles claires en cas de non-respect des règles d’utilisation.

• Discuter avec mon enfant sur ce qu’il aime regarder/écouter/jouer et pourquoi. M’intéresser à ses jeux (personnages, rôles), émissions préférées, etc. Lui faire part de mon opinion sur tel ou tel programme/jeu, lui demander la sienne tout en respectant ses goûts.

• Encourager mon enfant à parler de ce qu’il voit et fait avec les écrans, à mettre des mots sur les images qui l’ont marqué positivement ou négativement pour qu’il y mette du sens. L’inciter à partager ses mauvaises expériences et à s’adresser à moi ou à un adulte en cas de problème.

• Apprendre à mon enfant à utiliser les écrans de manière responsable et autorégulée. L’informer et parler ensemble des limites et des potentiels dangers de leur utilisation.

Par exemple : internet est un espace public, soumis à des règles et lois :

Ne pas dévoiler sa vie privée ni son adresse ou numéro de téléphone.

Ne pas croire tout ce qu'on y trouve.

Tout ce que l'on y met y restera et peut tomber dans le domaine public.

Les photos et vidéos (notamment d'enfants) peuvent être utilisées par des personnes mal intentionnées.

Pas le droit d'utiliser les données personnelles de quelqu'un.

Pas le droit de photographier et de diffuser des images d’une personne sans son autorisation.

Injurier quelqu’un sur un forum ou tenir des propos discriminatoires est punissable.

• Aider mon enfant à adopter une position critique face aux écrans et à analyser/décoder les images (à qui s'adressent-elles ? Que veulent-elles dire?) et informations qu’il reçoit. Parler avec mon enfant en essayant de le sensibiliser aux différentes interprétations que l’on peut avoir concernant un même jeu vidéo, un même film, etc.

• Apprendre à mon enfant à s’occuper autrement qu’en regardant des écrans : jouer avec lui, valoriser la pratique de jeux de société, de jeux collectifs, de jeux créatifs. Valoriser la pratique d’un instrument de musique, de la lecture, du sport.

Laisser les enfants jouer seuls, gérer leur temps libre, faire preuve d’imagination et s’ennuyer (quand on s’ennuie le cerveau travail, l’enfant est obligé de trouver des solutions, de s’occuper).

• Montrer l’exemple : il sera plus facile pour mon enfant de réduire le temps passé devant les écrans si je réduis moi-même mon temps.

• Ne pas hésiter à interdire les programmes/jeux/contenus qui paraissent trop violents.

Respecter la signalétique des âges pour les programmes et les normes apposées : signalétique « -10 ans », « -12 ans », « -16 ans », « -18 ans »,  normes « PEGI » pour les jeux vidéos.

• Installer des systèmes de contrôle parental permettant de filtrer certains contenus, bloquer l’accès à un jeu sur certaines plages horaires, empêcher la divulgation de données personnelles, etc.

RECOMMANDATIONS

• Pas d’écrans (tout type confondu) avant 3 ans. 

• Pas d’écrans (tout type confondu) le matin avant d’aller à l’école. Les écrans sur stimulent l’attention sélective de l’enfant qui, une fois arrivé à l’école n’est plus disponible et concentré.

• Pas d’écrans (tout type confondu) pendant les repas. Privilégiez ces moments familiaux pour discuter, débattre, échanger. C’est bénéfique au développement langagier du tout petit notamment !


• Pas d’écrans (tout type confondu) avant de dormir. Risques de perturbation du sommeil (les images trop chargées émotionnellement retardent par exemple l’endormissement).

• Pas de TV/ordinateur/tablette/téléphone personnels dans la chambre (mais plutôt dans une pièce commune). Effets délétères sur le sommeil. Absence de contrôle parental, risques de surconsommation voire de dépendance et risques d’accès à des contenus inappropriés à l’âge.