A quoi sert la philosophie

A quoi sert la philosophie

Ajouté le : 24 November 2016, 10:53
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Café culturel : conférence présenté par M.Guillaume Foyer sur le thème : A quoi sert la philosophie?


Extrait: 

" Si nous nous retrouvons aujourd'hui, c'est pour discuter ensemble de la philosophie. Pour chacun d'entre vous, cette matière est nouvelle. Peut-être en aviez-vous déjà entendu parler au détour d'un sujet dans les médias, dans des journaux ou dans des conversations amicales, peut-être aviez-vous déjà lu des articles, des revues ou même, pour les plus courageux d'entre vous, lu des ouvrages de philosophie. Dans tous les cas, il est certain que, même en ayant eu quelques petites idées à propos de la philosophie, cette matière crée en vous de l'appréhension et vous décontenance.

Ainsi, la séance d'aujourd'hui nous offre la possibilité de poser justement le problème de l'utilité de la philosophie. Je vais ainsi me permettre d'aborder le problème lié à cette question d'une extrême urgence mais surtout d'un grand intérêt pour vous : « A quoi sert la philosophie ? ».

Un étudiant, un chercheur en philosophie, un philosophe, s'ils désirent satisfaire les exigences de cette activité, ne peut répondre immédiatement à une question. Il est donc nécessaire que j'installe le problème afin de diriger notre discussion. Gilles Deleuze, un philosophe français du XXème Siècle, dans L'Abécédaire, une série d'entretiens réalisés peu avant sa mort, mettait en garde contre les interrogations. Très critique vis-à-vis de la télévision, il expliquait ainsi qu'un débat d'idées ne pourrait amener aucune idée d'ampleur. En effet, débattre ce ne serait toujours que délivrer une opinion personnelle sans cadre général de référence si ce n'est la question de départ. Ainsi, le débat n'amènerait qu'à des prises de positions individuelles vaines puisqu'elle renierait l'essentiel, c'est-à-dire le problème.

Pourtant, des problèmes, nous en affrontons constamment dans notre vie quotidienne. Rares sont les journées sans problèmes, sans situations dans lesquelles nous sommes amenés à prendre une décision qui nous permet de résoudre, provisoirement, un cas pratique qui nous gênait ou qui nous empêchait de continuer à agir : vous avez un rendez-vous mais vous ne trouvez ni taxi, ni bus, vous avez un devoir surveillé mais vous avez appris la mauvaise leçon, vous commencez à 8h les cours mais votre réveil ne vous a pas réveillé. Il est bien évident que ce type de problème n'est pas ce dont part un philosophe. Nous sommes ici face des problèmes pratiques quand un philosophe part de problèmes théoriques. Il faut bien avoir à l'esprit que la théorie n'exclut pas la pratique et même probablement ne s'en différencie pas entièrement. Il serait intéressant de s'y pencher une prochaine fois. Concernant la question qui nous occupe, « A quoi sert la philosophie ? » donc, nous avons à formuler un problème d'ordre théorique. Un problème, comme on l'a vu, c'est une chose qui nous gêne, nous perturbe, et crée une tension que nous sommes amenés à résoudre. Que ce soit d'un point de vue pratique ou théorique, les choses ne divergent pas tant que ça. En philosophie, nous chercherons donc à réfléchir, à aborder deux thèses qui s'opposent et qui, de manière immédiate, apparaissent tout autant convaincantes. Ici, nous pourrions ainsi tout à fait dire que la philosophie ne sert à rien, n'a pas de finalité propre ou alors qu'elle en détient une ou plusieurs, et il faudrait alors les déterminer.

La philosophie n'a ainsi pas de fins définies. Elle forme l'esprit, ouvre la capacité à forger une force critique. L'activité philosophique s'effectue sur une brèche: l'incertitude du résultat s'ajoute à une dimension critique où les résultats ne sont jamais que provisoires et soumis au questionnement. La philosophie nous questionne, se questionne continuellement. Peut-être est-ce en cela qu'elle est amie de la sagesse, elle nous permet de comprendre que nos opinions se fondent parfois sur bien peu de choses, que nos repères vitaux tiennent bien souvent sur des préjugés et que tant que ne cessera pas notre étonnement devant le monde, la philosophie conservera sa pertinence. En somme, “philosopher, c'est être en route” (Hans Jonas)."

Bibliographie :

L'Abécédaire de Gilles Deleuze.

Introduction à la philosophie de Hans Jonas.

Qu'est-ce que tout cela veut dire ? Une très brève introduction à la philosophie 

de Thomas Nagel.

L'Apologie de Socrate, Le Sophiste de Platon.

Qu'est-ce que les Lumières ? de Kant. "


Guillaume FOYER